Que veut dire « C'est fait main » ?

Les vrais kilims ont continué à être produits par les nomades jusqu’à la fin du 19ème siècle. L’arrivée des couleurs synthétiques (1860) en premier, et la révolution industrielle à la fin de la 2ème guerre mondiale, ont provoqué un désastre pour l’artisanat tribal. L’usage des couleurs végétales fut remplacé par celui des couleurs synthétiques, et la laine industrielle pré- teintée prit la place de la laine filée à la main. La récente découverte des kilims d’Anatolie par les occidentaux, d’abord par les collectionneurs et les amateurs dans les années 1950. Ensuite par les commerçants et par le grand public, grâce à l’organisation de la première conférence internationale, consacrée à l’étude des kilims d’Anatolie dans les prestigieux musées d’Istanbul en octobre 1984. Puis l’exposition organisée sous l’égide du Conseil de l’Europe sur les Civilisations anatoliennes en mai 1983, a provoqué La vogue du kilim comme revêtement de sol et objet de décoration en Occident vers la fin des années 1980. Ses adeptes en découvrent la diversité de ses graphismes et leurs symboliques ainsi que la richesse et la chaleur de ses couleurs à couper le souffle, ce qui permet au kilim de devenir l’objet indispensable dans la décoration intérieure Occidentale. En moins de 10 ans, cet engouement a fait disparaître les kilims anciens d’Anatolie à la fois des maisons des nomades et ceux des donations qui décoraient les mosquées et les lieux de cultes depuis des siècles.

 

Suite à tous ces évènements et aux demandes croissantes du marché occidental et du marché touristique, les villages des familles nomades sédentarisées, sollicitées par des industriels et des commerçants, sont devenus des ateliers produisant des objets dits « kilims - tapis » depuis les années 87 et tout cela à moindre coût.

 

Ces récentes productions ressemblent à leurs ancêtres à première vue par leurs dessins mais la qualité intrinsèque de la matière première, de la teinture et les acquis tribaux et authentiques des anciens ont totalement disparu. Toute la valeur matérielle et artistique ayant été détruite que même la pire qualité de kilims anciens est devenu une merveille à côté de ceux fabriqués actuellement.

 

Face à cette dévalorisation inévitable, il fallait trouver un moyen qui puisse leur permettre d’apparenter d’avantage aux anciens ; on a donc inventé le « bain de soleil » pour faire passer et adoucir les couleurs afin de donner une apparence plus ancienne. Dans un deuxième temps le « lavage chimique » qui n’a pour but que de donner aux kilims et aux tapis davantage de souplesse de patine et de brillance. Pour terminer la tâche de falsification, on applique le « bain de thé » et en dernier lieu on presse le tapis ou kilim entre deux cylindres pour l’aplatir et l’affiner afin de lui donner un aspect usé. Sans exagérer, il faut avoir les yeux au bout des doits pour faire la différence, visuellement ils sont presque identiques mais leur durée de vie n’arrivera pas 2 ans.

 

Cette mode du KILIM a fait que la fabrication principale s’est orientée vers la satisfaction des goûts de cette nouvelle clientèle : Les motifs ont été sélectionnés en fonction de ceux-ci, sans vraiment tenir compte des traditions tribales, familiales et locales. Il n’est pas rare de nos jours de voir des kilims dont la partie centrale est anatolienne, les motifs de bordures caucasiens et les motifs de remplissage occidentaux. De même, les couleurs et les dimensions ont été adaptés à la clientèle avec des variantes selon les goûts nationaux, français, américains, italiens, allemands... Les beaux kilims anciens en grande taille (3-4 m de long 1.30 à 1.80 m de large) difficilement adaptables aux intérieurs occidentaux ont été coupés en largeur ou longueur en plusieurs morceaux pour obtenir des kilims de couloirs 0,60m 0,80 m x2, 50 à 4 m, ou la dimension idéale pour le salon de 2 m à 2,50 m x 1.30 m à 1,80m sont vendus comme des kilims entiers. On a même inventé le kilim en soie.

 

« L’art naît de contrainte, vie de lutte et meurt de liberté » André Gide